L’Enfermé

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De projet politique, Blanqui disait ne pas en avoir. Son idée était qu’il ne servait à rien d’échafauder pour le peuple des lendemains qui chantent tant qu’il n’appartenait pas au peuple de battre la musique. Blanqui a stigmatisé l’injustice du système capitaliste dans tous ses rouages avec une froide lucidité mais n’était pas convaincu par un soulèvement des masses laborieuses tant qu’une éducation populaire et laïque ne serait pas parvenue à l’éveil des consciences. L’éducation était donc sa première préoccupation ainsi que, dans les mêmes perspectives, la liberté de la presse.

Format 14,5 x 20 cm
Pages 600
Illustration de couverture Ernest Pignon-Ernest
Collection “ Bio ”
Prix 26,00 €  24,70 €
(remise 5% liée à la vente en ligne)

UGS : 9782364180253 Catégorie :

Extrait

Pour célébrer ses 20 ans, L’AMOURIER éditions a choisi de faire resurgir de l’oubli une biographie de Louis-Auguste Blanqui, écrite par un journaliste écrivain du XIXe siècle, Gustave Geffroy. Publiée en 1897, puis en 1926 et demeurée jusqu’à ce jour indisponible, cette nouvelle édition est augmentée d’un À propos de Bernard Noël et de dessins d’Ernest Pignon-Ernest.
En 600 pages, nous parcourons le XIXe siècle et participons, avec Blanqui, aux événements tragiques qui ont œuvré à construire la démocratie moderne. Son titre L’Enfermé dit la longueur de son incarcération (intermittente), plus de 40 ans… plus de la moitié de sa vie qu’il consacra au combat pour la justice, l’égalité et la liberté, “l’avènement d’un ordre nouveau qui affranchit le travail de la tyrannie du capital“.

“ Cette vie surhumaine, de douleur consentie, de sacrifice obstiné, ne peut être perdue. Elle a privé l’homme des joies habituelles, lui a infligé la douleur de ne pas être compris, aimé, lui a donné ce visage offensé… Mais l’exemple est acquis pour jamais. Dans le même individu ont cohabité deux sentiments égaux : la résignation, la révolte. Résigné pour lui, révolté pour tous. La résignation le met à la hauteur des plus stoïques. L’esprit de révolte du vieux Blanqui, salubre comme le sel de la mer, impré­gnera l’Histoire.” écrit Gustave Geffroy.

IV – Mil huit cent quarante-huit

1
Il revient, il entre dans la ville quittée en 1839. Il trouve le Paris des révolutions triomphantes, la rue aux drapeaux claquants et aux torches mouvantes, qui retentit des cris des journaux, des roulements de tambours, des chants de La Marseillaise, du pas scandé de la garde nationale et de la garde mobile, des arri­vées de foules, étudiants, ouvriers, prêtres portant le crucifix auprès du drapeau rouge, s’en allant bénir l’arbre de la liberté planté aux carrefours.
Le 25, Blanqui erre, incertain, dans ce décor de bataille et de fête. Il a été joint par ses compagnons d’autrefois, ceux des sociétés secrètes et des barricades. Il écoute leurs récriminations, leurs menaces, les démonstrations par lesquelles ils s’efforcent de prouver la Révolution avortée, falsifiée par les hommes du National, si l’on n’intervient pas immédiatement. Le groupe disserte sur la place du Palais-Royal. Quelqu’un survient, raconte l’incident du drapeau rouge à l’Hôtel de Ville, l’intervention de Lamartine, comment la foule a subi l’enchantement de la parole. Il faut aviser, entrer en ligne. Rendez-vous est pris pour le soir, en armes, au Prado d’hiver, salle de danse dans la Cité. On se sépare.
Blanqui reste avec deux fidèles. Il est hésitant, ne paraît pas convaincu qu’il y ait intérêt à recommencer l’affaire, et possibilité de reprendre l’Hôtel de Ville à ceux qui l’ont pris la veille. Il voudrait se renseigner, voir Caussidière, Raspail.
Il va rue de Jérusalem, il va à la Préfecture de police, il va à l’Hôtel de Ville. Ses compagnons restent dehors, l’attendent à la Grève.
Il revient, méditatif, parle de la difficulté de la situation, de l’œuvre énorme à accomplir – surhumaine, dit-il. Celui dont on attend le signal de guerre est plein des objections de la prudence et du sang-froid. Il est sept heures. Encore un arrêt chez Caussidière. Puis, au Prado.
La séance est déjà chaude. Les crosses des fusils sonnent sur le parquet de la salle de danse. L’assistance, présidée par le Dr Crousse, avec Flotte, Fomberteaux, Lacambre, est composée de jeunes et de vieux, les étudiants du Quartier Latin, les anciens des sociétés secrètes. Il y a des hommes sombres, armés, énergi­ques et menaçants. Les visages flamboient sous les bonnets rouges tout neufs. Ceux qui ont parlé ont prêché l’action, la marche sur l’Hôtel de Ville, fusil chargé. Mais Blanqui est annoncé, attendu. On veut la voix qui sort du Mont-Saint-Michel, du profond des caveaux. Il y eut une ondulation, un frisson de la foule, lorsque la minime personne apparut, que la tête grise de l’homme jeune passa à travers les rangs. Il y eut la clameur, lorsqu’il fut debout à la tribune, chétif, mal vêtu, ganté de noir, que l’on vit surgir son pâle visage aux yeux ardents, et se lever sa main funèbre. Il y eut la clameur, puis le silence. On écoutait.
Ce que l’on entendit, ce fut le contraire de ce que l’on croyait entendre. L’eau froide sur la lave. Brusquement, de sa parole nette, brève, saccadée, Blanqui dit sa résolution. Il proteste bien contre le drapeau tricolore levé par Lamartine contre le drapeau rouge, mais il adjure ses compagnons de ne pas mettre la République en danger. Il assure que l’heure serait mal choisie, que l’on peut prévoir un mauvais lendemain à un coup de force, qu’il faut ajourner la marche sur l’Hôtel de Ville.
Il est effrayé et incrédule comme Proudhon. Il ose dire à un millier d’hommes réunis sur un point de Paris qu’ils méconnaissent les ensembles. Il leur apprend que la France n’est pas républicaine, que la révolution accomplie la veille est une surprise heureuse, rien de plus, que si les condamnés politiques de Louis-Philippe étaient portés au pouvoir par une nouvelle surprise, la province croirait revenus les jours de la Terreur et de la Conven­tion, prendrait peur, que la garde nationale elle-même n’a été que la complice involontaire du peuple, et que les boutiquiers de Paris pourraient bien, comme les gens de province, refaire ce qui a été défait.
Il va jusqu’à montrer, derrière les révolutionnaires qui l’écou­tent, et derrière le coup de main qu’ils voudraient tenter le soir même, d’autres hommes énergiques également prêts au coup de main, et qui s’aviseront, eux aussi, de prendre le pouvoir de la même manière.
Il fait apparaître une République ainsi disputée comme un champ de bataille où se battent les factions.
Ce qu’il demande à ceux qu’il veut convaincre, c’est de prendre patience, d’organiser révolutionnairement le peuple dans les clubs, de préparer le jour de la Force.
Il conquit ces hommes par la stupéfaction, il sut apaiser leur violence encore grondante. Jusqu’à dix heures du soir, il parla, il opposa la discussion, la dénégation, aux propos échauffés, il dépensa son énergie à empêcher l’action, à obtenir le crédit pour le pouvoir improvisé la veille. Aux violences, il répond par l’incrédulité, la négation ; aux cris, il répond par le raisonnement, il demande la patience. À dix heures, il sortit, toujours suivi de ses deux compagnons. Ils marchèrent d’un pas errant pendant une heure, descendirent aux Thermes par la rue de la Harpe.
– Avez-vous dîné ? dit Blanqui.
– Non…
Lui non plus. L’un possédait soixante-dix centimes ; l’autre, un franc.
Blanqui regarda dans une bourse tricotée :
– J’ai à peu près trente sous, dit-il, c’est assez pour demain. Il avisa une boulangerie encore ouverte, acheta un pain de deux sous. Ils repartirent, se séparèrent boulevard Poissonnière. Blanqui n’aimait pas que l’on sût ses domiciles. Il disparut dans le noir.

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Presse

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Revue de presse Blanqui
L'Enfermé de Gustave Geffroy

La revue BALLAST (1er décembre 2015)
La République est un gros vase qui sonne creux. Elle orne désormais les discours et les banquets, ravit les notables et les assis. Du Front de gauche au Front national, chacun la tire à soi – la droite gouvernementale a récemment tranché : ce sont pourtant eux, « les républicains », les vrais. Laissons-leur se partager la dépouille et cherchons un espace collectif (avec son imaginaire et ses affects mobilisateurs pour la France telle qu'elle est, tout entière, et non telle que d'aucuns la rêvent) mieux à même de porter la rupture politique émancipatrice : la République n'existe vraiment…
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L'Humanité (3 novembre 2015)
Le projet de Gustave Geffroy dans son Blanqui, L’Enfermé semble bien être de  retrouver l’homme, le montrer s’inventant lui-même, dans les prisons les unes plus abominables que les autres – et ce pendant quelque 37 ans ! – dans les rues, sur les barricades, armes à la main – chassepot ou plume selon les circonstances – et le voir devenir ce « martyr héroïque de la liberté humaine » selon les mots de Garibaldi…
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La revue Europe (septembre 2015)
À l’occasion des 20 ans des éditions L’Amourier, Jean Princivalle a souhaité rendre hommage à Louis-Auguste Blanqui, figure de stratège révolutionnaire qui le poursuit depuis ses jeunes années. François Bon et Bernard Noël, connaisseurs de l’ouvrage choisi, ont soutenu ce projet. C’est ainsi que sort de l’oubli un chef d’œuvre biographique consacré au plus célèbre des prisonniers politiques du XIXème siècle, maintenu 42 ans derrière les barreaux…
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Le Monde des Livres (web et version papier)
Auguste Blanqui est mort depuis seize ans quand paraît l’ouvrage, en 1897. La plume est élégante, portée par le rythme haletant du XIXe siècle. Le journaliste et critique Gustave Geffroy (1855-1916), ami de Claude Monet et l’un des fondateurs de l’Académie Goncourt, a de la fascination pour l’homme dont il raconte la vie, Auguste Blanqui, révolutionnaire des barricades et formidable orateur, l’agitateur qui a passé plus de quarante ans en prison…
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L'Humanité.fr (web)
Né en 1805 et mort en 1881, Louis-Auguste Blanqui est une des figures centrales des révolutions qui ont secoué la France au XIXe siècle. Impliqué dans différents groupes insurrectionnels avant et après la révolution de juillet 1830, , emprisonné en tout plus de quarante ans, il sera, en acte ou en esprit, compagnon et inspirateur de nombreux acteurs de cette histoire aussi bien pendant la révolution de 1848 que pendant la Commune de Paris de 1871…
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L'Indépendant (entretien avec Jean Princivalle)
L'inspirateur de la Commune croyait en l'éducation populaire pour transformer la société. Jean Princivalle, éditeur qui republie sa biographie, explique pourquoi le combat de Blanqui reste d'actualité.
S.B. Que pouvez-vous dire de la trajectoire d’Auguste Blanqui. Qui était-il, d’où venait-il et que voulait-il ?
J.P. Fils d’un professeur de philosophie et d’astronomie qui devint député Girondin puis sous-Préfet des Alpes-Maritimes une fois rallié à l’Empire, Louis-Auguste Blanqui, né à Puget-Theniers en 1805, va traverser le XIXème siècle en se forgeant très vite une voix lucide, incisive et radicale, pour porter, tant par la plume que par le discours, ses convictions républicaines…
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Le Patriote Côte d’Azur N° 86
En republiant la biographie de Louis-Auguste Blanqui par Gustave Geffroy, devenue depuis longtemps introuvable, les éditions L’Amourier offrent au public français une véritable aventure littéraire.
On sait en général assez peu de choses sur Louis-Auguste Blanqui. Au mieux en a-t-on une vision quelque peu caricaturale, celle du conspirateur révolutionnaire du XIXe siècle, du dirigeant de sociétés secrètes socialistes aspirant à prendre le pouvoir par la force, à la tête d’une petite avant-garde éclairée…
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Nice-Matin
Enfin disponible : la biographie du révolutionnaire Auguste Blanqui né à Puget-Théniers.
En février 2014, le supplément Histoire faisait un portrait du révolutionnaire Louis-Auguste Blanqui, originaire de Puget-Théniers dans l’arrière pays niçois. Ce personnage du XIXe siècle a passé près de 40 ans de sa vie en prison et, de ce fait, il était surnommé "L’Enfermé"…
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Spécifications

ISBN

978-2-36418-025-3

EAN

9782364180253

ISSN

2429-5388

Collection

Bio

Format

14,5 x 20 cm

Pages

600

Prix

26,00 €

Dépôt légal

2ème trimestre 2015

Auteur

Gustave Geffroy

Editeur

L'Amourier éditions