Frédéric-Jacques Temple nous quitte…

Frédéric-Jacques Temple nous quitte…

Frédéric-Jacques Temple, à son tour, nous quitte

J’étais sur les hauteurs de C., petite chapelle humide au supposé parfum de salpêtre –puisque fermée– hier au soir, sept août deux mil vingt. Je regardais les étoiles éclore dans une nuit quelque peu nuageuse.
«Temple est mort. J’ai entendu ou lu il y a deux jours. C’est bien cet auteur dont tu me parlais?… Oh! Je pensais que tu le savais!»

Non, je ne le savais pas. Temple, quelques jours après Han, pauvre Jacques B., ses éditions décapitées… Temple, quasi centenaire, que B. me disait encore de plein pied, l’an passé à Mouans-Sartoux… Avec sa force de grizzly qu’il avait peut-être chassé au cours de ses périples américains…Temple, dont un Poésie/Gallimard, il y a quelques mois…
Temple, l’ami d’Henry Miller, de Lawrence Durrel, biographe de DH Lawrence, traducteur de ses poèmes. Temple, proclamant à Rodez les prix Artaud et autres Sernet, Voronca. Ce même Temple me désignant lauréat de ce dernier prix, en mi neuf cent quatre-vingt seize… J’avais eu l’impression alors d’entrer dans un livre. De pénétrer le livre de la littérature.

J’aurais voulu lui dire comme adolescent j’avais lu ses livres sur Lawrence, sur Miller, ses traductions des poèmes du premier. Comme son nom m’était familier aussi de poèmes de lui lus ici et là. Un notamment qui évoque la neige et que je ne retrouve hélas plus. Et non plus dans la somme du Poésie/Gallimard.
J’aurais voulu…

C’est bien un pan de la littérature, de l’histoire littéraire qui tombe avec sa disparition. Auteur, il laisse plusieurs brefs romans chez Actes/Sud ( Les Eaux Mortes, Un Cimetière Indien, L’enclos, la Route de San Romano, le Chant des Limules) dont la langue évocatrice vaut le détour. Il y a dans ces romans une poésie au moins égale à celle de ses poèmes.
« L’Enclos » par exemple où il revient à ce collège (L’Enclos, c’était le nom de ce collège) où il fut élève. Il y «revisite» ce temps de sa jeunesse, les figures de ce temps.

«Hier, le printemps a disparu. Voici l’été. Le robinier a perdu ses grosses fleurs parfumées. Les martinets, soudain là, trissent sur les toits roses. Les sauges éclatent d’un bleu vif parmi les géraniums. Une huppe pupule.
Ce soir, dans la nuit tiède, l’infatigable rossignol enroulera ses arpèges autour des marronniers. 
…J’avais onze ans dans ce même jardin où se balance le hamac sous un marronnier beaucoup plus vieux que moi. Je m’étonne soudain de la profusion des acanthes qui n’étaient pas là…Après avoir revu la maison fantôme, j’avais eu souci de m’assurer que mon enfance était encore vivante derrière les hauts murs de l’Enclos.»

Et ce poème, pour clore cette esquisse à peine :
À Vincent Bioulès

Au cœur d’une pomme
Rouge vernissée
Dans une assiette
Le labeur muet
D’un ver invisible »

Il restera à écrire aussi son souci d’Autrui. À se souvenir. À le lire surtout. Continuer de le lire.

Alain Guillard

Alain Guillard par Jacques Brémond

04/09/2020

Aller vers notre nom perdu

04/09/2020

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