Françoise Han nous a quittés

Françoise Han nous a quittés

Françoise Han est morte. Les éditions Jacques Brémond nous l’ont appris ces jours-ci. À défaut de revenir sur son œuvre ( je suis provisoirement privé de ses livres nombreux, dont L’Unité et la déchirure, un texte ample, magnifique et grave, dans une proximité d’avec certains textes d’Yves Bonnefoy, TS Eliot et encore Rilke; texte paru aux éditions précédemment citées), je voudrais me souvenir de l’ultime fois que je l’aurai vue.
C’était à Paris, au printemps 2016, Hôtel des Déchargeurs, dans une rue dont un bout donne sur la rue de Rivoli et un autre vers les chantiers d’alors autour des Halles, dans le cadre de manifestations autour de la poésie, initiées par Jean-Pierre Siméon.
Un théâtre donc et donc une maigre foule des abonnés à ce théâtre. Il y avait là Jacques Brémond, l’éditeur des éditions du même nom, Françoise Han et puis moi face à ce maigre public, une quarantaine de personnes, en hauteur.
Jacques avait commencé, en verve, évoquant diverses anecdotes tenant à la rencontre de ses auteurs, à la poésie. J’avais pris la suite, avant que ma voisine ferme.
Femme de silence, intimidante même à force de silence, elle avait évoqué sa poésie, en rapport avec son métier dans l’astrophysique – il me semble ici ne pas me tromper. Son évocation ainsi avait provoqué quelques réactions de ce public autrement incrédule devant la chose poétique. Un échange s’était ébauché, où sa voix, étonnamment claire, si l’on retient l’âge avancé qui était le sien déjà, avait pris couleurs.
Mais, très vite, l’échange comme la rencontre avait pris fin. La maigre foule s’était écoulée vers la sortie, non sans que d’aucuns retournent à Françoise pour prolonger ce qui venait tout juste de s’ébaucher.
Après, elle était repartie, aidée d’une canne il me semble, dans le souci très proche de Jacques Brémond (il y avait, entre eux, un lien qu’eux seuls…) en quête d’un taxi.
Car, déjà, le métro (elle habitait Paris, dans l’Est Parisien) lui était trop difficile d’accès.
Ces quelques mots – rien au regard de son œuvre. Il me fallait les écrire, puisque, aussi bien, au travers ces silhouettes, la sienne comme celle bientôt de Frédéric-Jacques Temple, c’est la poésie qui s’efface et, au-delà de la poésie, une façon de vivre, voire un art de vivre qui s’estompe au profit – et le mot sonne juste – d’un monde dur, sans merci, où « les vainqueurs prennent tout », selon la formule américaine dont aura usé Ernest Hemingway, pour un recueil pourtant étonnamment tendre avec la nouvelle « mon père » d’un père, certes corrompu, mais dans les yeux d’un enfant, son fils, tellement autre.

Alain Guillard

Alain Guillard par Jacques Brémond

24/07/2020

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *